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1936-1940 : échos de guerre

 

Transcription d'un extrait de la Gazette de Biarritz du 4 septembre 1936

Une de la Gazette de Biarritz du 4 septembre 1936

La prise d'Irun par les rebelles nationalistes, septembre 1936

Hendaye 4 septembre, Midi

Les nationaux ont fait leur entrée ce matin à l’aube, dans la ville-frontière d’Irun. Ils sont maîtres de la ville. Ce matin, vers 3 heures, Behobia était prise. Après la mitraille particulièrement nourrie d’hier après midi, le village ne devait pas tarder à tomber entre les mains du général Mola.

Dès lors, leur position très avantageuse devait leur permettre d’organiser aisément l’attaque d’Irun. L’encerclement de la ville se produisait dans la nuit et ce matin, on assistait  à l’assaut par la route de Behobia, des troupes de la légion étrangère, appuyée par les chars d’assaut et les tanks blindés. Les troupes de miliciens ne pouvaient désormais résister et elles durent se retrancher et fuir vers la ville. [...]

C’était les dernières phases importantes de la bataille pour Irun. Accablés par le nombre et assaillis par le feu meurtrier des nationaux, ils devaient laisser place nette aux troupes du général Mola. A 6h30, celles-ci faisaient leur entrée à Irun par les champs. Les miliciens gagnaient l’Avenida de Francia et se postaient non loin de la douane.

A midi, au moment où nous téléphonons, ils sont encore là, à défendre l’ultime coin de terre espagnole. La bataille continue au fusil et au fusil-mitrailleur. On les distingue fort bien du haut du quartier Santiago à Hendaye. Il ne fait point de doute qu’avant la fin de la journée les rebelles contrôleront définitivement la frontière.

Midi 30

[...] [Il n’y a] plus de réfugiés, bien entendu, à la frontière d’Irun et de Behobia. Par contre des milliers de gens passent la plage en face de Fontarabie et entrent à Hendaye-Plage. Ils viennent en longues théories avec quelques hardes. C’est la vision la plus lamentable depuis ces trois derniers jours. Cette nuit, la canonnière espagnole est passée en territoire français dans la baie de Chingoudy.

Hendaye connaît sur tout son territoire une formidable animation. On ne voit que réfugiés au visage chiffonné, fatigués, miliciens à la tenue fripée, gendarmes et gardes mobiles circulant d’un bout à l’autre de la station frontière française.

J’ai rencontré tout à l’heure des troupes innombrables de réfugiés qui partent à pied pour Saint-Jean-de-Luz par la seule route libre de la Corniche. Il est probable que des mesures vont être prises pour l’évacuation rapide de ces malheureux.

Le canon vient de retentir par deux fois. Ultime effort des combattants miliciens qui veulent rester sur le sol natal jusqu’au dernier obus, jusqu’à la dernière cartouche.

Hendaye 14 heures

Seul, le pont international, cent mètres à peine, nous sépare des derniers combattants gouvernementaux qui, derrière la douane, et protégés par des matelas, tirent sur les nationaux. [...]

De la douane française, on aperçoit en même temps que les combattants, une épaisse fumée venant de l’avenida de Francia, proche du trinquet. On met le feu au garage situé à proximité. Sur la route, des autos flambent comme des torches. « C’est pour couvrir la retraite des gouvernementaux lorsqu’ils n’auront plus de munitions » déclare-t-on ici. Le vent pousse la fumée vers Hendaye, les foyers d’incendie deviennent de plus en plus nombreux. [...]

La guerre civile implacable et si atrocement meurtrière continue en Espagne. Des Navarrais secondés par la Légion étrangère, continuent l’horrible lutte contre leurs frères guipozcoans.

André Peyre, dans La Gazette de Biarritz, vendredi 4 septembre 1936.

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