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1940-1944 : occupation et Révolution nationale

Transcription abrégée de plusieurs rapports du commissaire Carbou à Mauléon

Transcription abrégée de plusieurs rapports du commissaire Carbou à Mauléon

01/12/1941 - 19/03/1943 - 07/06/1944

37W14 et 37W15 - Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques - Pau

Rapport du commissaire Carbou du 7 juin 1944. 37 W 15 (SDA 64 – Pau)


L’évolution de l’opinion publique. Extraits des rapports du Commissaire Carbou à Mauléon.

1er décembre 1941

Au point de vue politique, rien n’est à signaler. Les communistes se tiennent toujours sur une prudente réserve et ne manifestent pas publiquement leurs opinions. En d’autres termes, la question politique reste en sommeil. Ce qui transparaît nettement, c’est une sympathie assez générale pour la cause de l’Angleterre. Les auditeurs clandestins de la radio de LONDRES sont très nombreux et l’action qu’elle exerce sur eux est des plus néfastes car, ainsi que je l’ai signalé dans mon précédent rapport, les anglophiles arrivent à oublier qu’ils doivent avant tout penser et agir Français.

A cet égard la population de mon secteur peut être divisée en trois catégories :

  1. les partisans aveugles de l’Angleterre et du gaullisme dont le nombre est assez important.
  2. Les neutres, c’est à dire ceux qui ne se prononcent pas parce qu’ils n’osent pas ou ne savent quelle attitude adopter. Ce sont les plus nombreux, et, à mon sens, les plus dangereux car ils opposent une force d’inertie difficile à ébranler et qui est d’après moi, préjudiciable à l’oeuvre de redressement national.
  3. Les partisans convaincus du gouvernement qui ne craignent pas d’afficher leurs opinions et de payer de leur personne s’il le faut. Ils représentent malheureusement la minorité.

Mais les esprits sont changeants et je vous rendrai compte dans mes prochains rapports des changements notables qui pourraient se produire à la faveur des évènements futurs.

19 mars 1943

Le fait saillant depuis l’arrivée des troupes d’opération dans mon secteur, c’est le changement survenu dans l’état d’esprit des différentes classes de la population. A l’apathie des mois précédents, à ce désintéressement égoïste que j’ai signalé à maintes reprises, a succédé une inquiétude chaque jour grandissante. L’arrivée des troupes d’opération, les arrestations presque quotidiennes faites par les autorités allemandes, la mise en application du Service obligatoire du Travail sont les causes principales de cette inquiétude, de ce malaise général. Les gens s’attendent à des mesures encore plus sévères et redoutent le pire. D’autre part, ils ont le sentiment que le gouvernement gouverne de moins en moins et que sa position devient chaque jour plus critique. A cet égard le fait de ne plus entendre la voix du Maréchal à la Radio, ni celle du Président LAVAL paraît symptomatique.

J’ai signalé dans mon précédent rapport mensuel que personne ne croyait plus à la Légion Française des combattants. [...]La Milice Française est vivement critiquée par la quasi unanimité des gens qui ne l’aiment pas et qui ne veulent pas croire en l’efficacité de son action. On la considère comme une manière de Gestapo ou de formation para-militaire dont il ne faut rien attendre de bon. [...]

LES PASSAGES EN ESPAGNE : Depuis la mise en application du service obligatoire du travail le nombre de passages clandestins a augmenté dans de fortes proportions. On se trouve actuellement en présence de ce que l’on peut appeler une véritable psychose qui affecte toute la région. Ce sentiment tend à se généraliser jusque dans les campagnes et à affecter les milieux paysans. Le discours du Chancelier HITLER a été considéré comme un grave avertissement et très nombreux sont ceux qui pensent que toute la France contrainte par l’Allemagne devra prochainement lutter contre la Russie de façon effective. A ce point de vue, la visite médicale des classes 40-41-42 qui s’est effectuée dans de bonnes conditions a produit un effet déplorable. Sur 20 jeunes qui avaient été convoqués à PAU le 13 mars dernier au titre du Service obligatoire du Travail, 7 seulement se sont présentés. [...]

Les douaniers allemands qui exercent une surveillance très serrée aux abords de la frontière ont arrêté de nombreuses personnes se rendant en Espagne ou susceptibles de s’y rendre, ainsi que des passeurs. Il n’est pas douteux que des dénonciations ont eu lieu et continueront.

Le 7 juin 1944

La nouvelle du débarquement des forces alliées sur le territoire français a été vite connue et s’est répandue très rapidement dans toute la région. D’une façon générale cette nouvelle a réjoui la grosse majorité de la population qui est persuadée que cette opération militaire constitue la dernière phase de la guerre. D’après elle l’Allemagne ne pouvant résister aux attaques simultanées et convergentes auxquelles elle doit faire face sera irrémédiablement vaincue. On pense donc, de nouveau, à la fin de la guerre, au retour à la tranquillité et à la prospérité. Les anglo-américains ne sont pas considérés comme des envahisseurs, mais comme des libérateurs que bon nombre de gens ont hâte d’acclamer. On compte également sur notre armée d’Afrique et sur les forces de la résistance. Cependant on conçoit quelque inquiétude en songeant aux mesures que les troupes d’occupation sont susceptibles de prendre. On craint des rafles, des arrestations. Peu de personnes déplorent que la guerre, une fois de plus, soit installée sur notre sol, la grosse majorité estimant cela nécessaire. Certains accordent encore à l’Allemagne la possibilité de résister, de maintenir un certain temps les troupes alliées. Quelques-uns, très rares, pensent que les armées allemandes en réserve sont susceptibles d’infliger, dans un combat décisif, un sanglant échec aux anglo-américains.

  • L’annonce de l’entrée des armées alliées à Rome a été très bien accueillie par la  même majorité mais cette nouvelle a cessé d’intéresser l’opinion dès que le débarquement a été connu.
  • Les messages aux Français du chef de l’Etat et du Chef du Gouvernement n’ont fait l’objet, jusqu’à présent, d’aucun commentaire. Mais il faut prévoir que dans cette région ils ne seront guère écoutés et compris que par une infime minorité demeurée, envers et contre tout fidèle au gouvernement de Vichy.

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